Le 2 février 2026, Marie Trossat a débuté son mandat de recherche Innoviris — Brains for Brussels (2026-2029) à la Faculté d’Architecture de l’Université Libre de Bruxelles-La Cambre-Horta au sein des laboratoires Sasha et Hortence, sous la promotion de Pauline Lefebvre.
L’histoire de la construction de la ville se lie, en Europe, avec l’histoire de la migration. Le recrutement de travailleurs migrants venant du Sud global se développe durant l’après-guerre, notamment avec la signature d’accords : en Belgique, avec le Maroc et la Turquie, en 1964. Aujourd’hui, ces accords ont pris fin, et les bâtisseurs venus du Sud global exercent sans statut, sans droits. Bien que prenant pleinement part à la fabrique de la ville et de l’architecture — ils seraient entre 8.000 et 18.000 à Bruxelles —, le sujet demeure largement invisibilisé et peu discuté au sein des disciplines du bâti. Afin d’y remédier et en vue de participer au défi « Société participative et inclusive » de la Région de Bruxelles-Capitale (BCR), le présent projet propose d’étudier le rôle de ces travailleurs dans la production architecturale et urbaine. Prenant comme cas d’étude deux projets urbains majeurs de l’urbanisme bruxellois sujets aujourd’hui à rénovation — le métro et le Quartier Nord (quartier populaire rasé pour devenir un quartier d’affaires : le « Little Manhattan ») —, la recherche vise à retracer les conditions de mise en œuvre de ces infrastructures et architectures en interrogeant deux générations de bâtisseurs. Comment la modernisation de la capitale belge a-t-elle été conditionnée par la venue de travailleurs marocains et turcs dans les années 60 ? Dans quelles conditions sont-ils arrivés, ont-ils été embauchés et ont-ils travaillé ? Quelles étaient leurs conditions de vie et comment ont-ils été impactés par ces projets ? Mais, à l’heure de leur rénovation, d’autres questions se posent : est-ce que ces pratiques ont changé ? Quel rôle jouent encore aujourd’hui les travailleurs migrants dans la construction de la ville et de l’architecture ? À quelles conditions et situations sont-ils confrontés ? En investissant la question du qui – qui bâtit, qui bénéficie vs. qui est impacté·e par la production architecturale et urbaine ? –, la recherche participera à construire une historiographie alternative de la ville et de l’architecture par l’angle des bâtisseurs. S’ancrant dans les débats plus larges de l’éthique contemporaine de la production architecturale et urbaine, cette recherche permettra également de sensibiliser et mobiliser les acteur·rices de ces disciplines sur les enjeux humains de cette production en vue d’une Région plus inclusive et participative, mais également exemplaire sur ses manières de faire la ville.

Image : Chantier du nouveau métro, sur l’affiche : «un thé Bouraza pour oublier le bruit du monde des travaux». Photo : Marie Trossat, 2023.
